Presse écrite, oui… Papier, c’est moins sûr…

Presse écrite
Illustration: Michael Gaida, 2016, Pixabay

L’année 2008 aura été difficile pour la presse écrite, particulièrement pour la presse publiée sur support papier*. L’avenir est plus qu’incertain et les prochaines années diront si quotidiens, hebdomadaires et autres périodiques tels que nous les connaissons survivront et si les entreprises qui les publient sauront se faire une place dans le nouveau paysage informationnel qui se dessine depuis une décennie.

Au Colorado, un quotidien plus que centenaire lutte pour sa survie. Le Rocky Mountain News, publié depuis 1859, donc avant le début de la guerre de Sécession, pourrait cesser de paraître en 20091. Les employés et les amis du quotidien ont lancé un site, I Want My Rocky, afin de recueillir le soutien de la population. Les résultats indiqueront peut-être l’attachement que les Denverois ont envers leur quotidien papier.

Ailleurs aux États-Unis, l’avenir s’est assombri cette année pour le Chicago Tribune et le Los Angeles Times, tous les deux publiés par la Tribune Company. L’entreprise de Sam Zell s’est placée, le 8 décembre 2008, sous la protection de la loi états-unienne sur la faillite2. Afin de parer à d’éventuelles difficultés économiques, l’hebdomadaire U.S. News & World Report et le quotidien The Christian Science Monitor ont annoncé leur intention de diminuer la fréquence de leur parution papier3. Les deux entreprises de presse ont choisi de se tourner davantage vers la toile, le U.S. News devenant un mensuel, tandis que le Monitor ne parviendra plus à la porte de ses abonnés qu’une fois la semaine.

Les entreprises de presse qui existaient avant la démocratisation d’internet, par l’avènement du World Wide Web, cherchent de nouveaux modèles pour s’imposer auprès de leur lectorat. Au Québec, Gesca fédère l’ensemble de ses quotidiens québécois sur un seul site, Cyberpresse. L’un de ses principaux concurrents, Quebecor, fait un pari semblable avec la plate-forme Canoë. Les diverses entités qui composent ces deux groupes de presse et qui avaient des identités fortes – et qui les conservent toujours dans l’univers papier – tendent à se fondre dans un même moule.

Une autre stratégie adoptée par certains quotidiens a été de conserver une identité forte en ligne tout en offrant une version électronique de leur journal papier. Les lecteurs retrouvent leur quotidien dans la même mise en page, mais celui-ci est distribué par un autre canal. C’est la solution préconisée par le nouveau Christian Science Monitor pour son édition quotidienne, mais aussi par d’autres journaux comme Le DevoirLibération et Le Figaro. Des hebdomadaires ont aussi profité de leur plate-forme virtuelle pour changer de modèle d’affaires. Tout en demeurant présents dans les kiosques, L’ExpressLe Nouvel Observateur ou le U.S. News sont devenus de véritables quotidiens électroniques.

Il semble que l’espace se rétrécisse chaque jour pour les quotidiens qui misent sur une information trop générale et très peu différenciée. L’information qu’ils distillent au réveil est déjà connue de la plupart de leurs lecteurs. Ceux-ci l’auront vue et entendue dans les bulletins télévisés du soir, ils l’auront peut-être déjà complétée sur internet avant d’aller dormir et elle leur sera livrée à nouveau au saut du lit par leur émission matinale radiophonique préférée. Et c’est sans même parler des journaux gratuits distribués à la gare ou dans le métro, tels que 20 Minutes ou Metro.

Plusieurs groupes de presse ont sans doute participé à l’érosion de leur lectorat et précipité leur chute. Combien de journaux ont adopté des maquettes plus jazzées, des formats de textes plus courts et se sont tournés vers les agences de presse pour couper les coûts? La fidélité d’un lecteur envers une marque a ses limites. Pourquoi payer pour un collage de dépêches, alors que des services en ligne les proposent gratuitement en temps réel?

Ce n’est sans doute pas ce qu’attendent les citoyens de la part des grands médias qu’on a si souvent qualifiés de «chiens de garde de la démocratie». Traditionnellement, la force de ces entreprises résidait dans l’originalité de leurs publications, dans la qualité des plumes qu’elles engageaient, dans la crédibilité de l’information qu’elles publiaient et dans le temps qu’elles consacraient au journalisme d’enquête. Une telle presse écrite de qualité a un avenir certain, mais cet avenir pourrait se jouer ailleurs que sur le papier.

* Ce texte est une version remaniée d’un article publié, le 31 décembre 2008, sur le site des Chroniques du droit de la culture.

1 Le Rocky Mountain News a publié, le 27 février 2009, la dernière édition papier de sa longue histoire de près de 150 ans. La E.W. Scripps Company, qui possède le quotidien denverois, n’a pu trouver d’investisseurs intéressés à sauver l’entreprise.

2 Tribune Co. a poursuivi la publication de ses quotidiens, la mise à jour de ses sites et la diffusion de ses émissions sur ses chaînes de télévision et de radio puisque l’entreprise visait à restructurer sa dette et non ses opérations en se plaçant sous la protection de la loi sur la faillite (Bankruptcy, 11 USC).

3 Le Christian Science Monitor est devenu le premier quotidien états-unien ayant une audience nationale à délaisser le papier au profit du numérique. Il s’est décliné à partir d’avril 2009 en trois éditions: un site continuellement mis à jour, une version PDF disponible sur abonnement et distribuée du lundi au vendredi par courrier électronique et un hebdomadaire papier publié la fin de semaine.