Aillagon règle ses comptes avec la République

Château de Versailles
Château de Versailles, Galerie des Glaces, 2016 Gilbert Sopakuwa

L’ancien ministre de la Culture et de la Communication Jean-Jacques Aillagon s’attaque à la présidence de Nicolas Sarkozy dans un entretien au Monde*. «La Ve République attribue au président une large responsabilité, mais il faut que cette appréciation ne se substitue pas à la responsabilité du ministre de la Culture»1, dénonce-t-il.

M. Aillagon estime que trop de décisions sont prises au sommet de l’État: «Aujourd’hui, avec l’organisation pyramidale de l’État, beaucoup trop de choses accessoires remontent à la présidence de la République, laquelle doit rester l’arbitre de l’essentiel, pas des affaires quotidiennes.» Il juge que les ministres du gouvernement actuel ont perdu une part de leur responsabilité et de leur marge de manoeuvre.

«Il faut vraiment prendre garde que le ministère de la Culture ne devienne pas uniquement un ministère de façade», prévient l’ancien titulaire du poste. Il souhaite que soit restaurée «une plus large autorité du ministère de la Culture en matière de nominations» et que ces nominations répondent «à sa conviction sur l’intérêt de l’établissement». Il attaque plus largement l’occupant actuel de la rue de Valois, Frédéric Mitterrand: «Ce ministère, à force de vouloir faire croire qu’il faisait tout, qu’il pouvait tout, qu’il était partout, qu’aucune situation ne lui échappait, a été conduit à une activité permanente de communication.»

M. Aillagon n’épargne pas non plus le premier ministre en exercice: «Dans cette affaire des intermittents [mouvement de grève des intermittents du spectacle à l’été 2003, ndlr], je tiens à le dire, je n’ai pas été aidé par le ministre des Affaires sociales de l’époque, François Fillon, qui a vraiment joué cavalier seul». Il affirme avoir été lâché par le ministre «qui aurait dû gérer le contentieux avec moi, et qui a, dans cette affaire, vu uniquement l’intérêt de son ministère et s’est dédouané de sa responsabilité».

L’ancien ministre français de la Culture et de la Communication, de 2002 à 2004, a émis ces critiques alors qu’il commentait son remplacement à la tête de l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles par une conseillère de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Catherine Pégard2. M. Aillagon avait annoncé à ses collaborateurs sur son blogue qu’il allait quitter ses fonctions le 30 septembre 2011, fonctions qu’il occupe depuis 2007.

* À l’origine, le texte a été publié, le 4 septembre 2011, sur le site des Chroniques du droit de la culture.

1 Harry Bellet et Florence Evin, «Jean-Jacques Aillagon: “Gare à un ministère de façade” – L’ancien ministre de la Culture, qui quitte le Domaine de Versailles, s’en prend à la structure pyramidale de l’État», Le Monde, 4 septembre 2011, p. 17.

2 Décret du 1er septembre 2011 portant nomination de la présidente de l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles – Mme Pégard (Catherine), JORF, 2 septembre 2011, p. 14891.