Ministres français de la culture: 1947-2020

Palais royal
Palais royal, Paris, 2006 Olga Khomitsevich

Le ministère de la Culture «a pour mission de rendre accessibles au plus grand nombre les oeuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France»1. La principale mission confiée aux ministres qui se sont succédé rue de Valois, l’adresse parisienne du ministère, n’a guère varié depuis la création, en 1959, d’un ministère des Affaires culturelles2. Elle repose essentiellement sur la démocratisation culturelle. «L’accès de tous à la culture, dans une logique du lien social, d’émancipation et d’intégration» constitue le premier objectif poursuivi par l’actuelle politique culturelle française en vertu de la feuille de route dressée par le Premier ministre3. «Priorité» du quinquennat d’Emmanuel Macron, la culture devrait avoir une place proéminente dans la deuxième partie de son mandat. Le Président de la République entend en effet «dessiner un nouveau chemin» autour notamment de la reconstruction culturelle du pays, a-t-il expliqué dans un entretien à la presse quotidienne régionale.

L’étendue des attributions ministérielles

L’administration centrale de la culture a vu ses attributions s’étendre bien au-delà de la démocratisation de l’accès à la culture au cours des années. De nombreuses autres tâches occupent l’actuel ministre responsable de la culture4, Roselyne Bachelot-Narquin. Il conduit d’abord la politique de sauvegarde, de protection et de mise en valeur du patrimoine culturel, tout en concourant à la création des oeuvres de l’art et de l’esprit.

Le ministre assume désormais pleinement la mission économique du ministère et prend en compte l’environnement numérique. Il assure en effet le développement des industries culturelles et créatives, ainsi que des nouvelles technologies de diffusion de la création et du patrimoine. Il veille plus particulièrement à la valorisation des contenus et des services culturels numériques.

L’administration culturelle intervient également dans les domaines du spectacle vivant, des arts plastiques, de l’architecture, de la langue française, de la création audiovisuelle, des médias, des fondations et du mécénat. Elle s’occupe enfin des pratiques et des enseignements artistiques.

Les enjeux des affaires culturelles

Si les ministres responsables de la mise en oeuvre de la politique culturelle de la France demeurent des personnages courtisés dans tous les gouvernements, leur poids politique n’est pas toujours à la hauteur de leur importance symbolique. Il varie en fonction de critères tels que la personnalité de l’occupant du Palais royal, siège du ministère, des liens privilégiés qu’il entretient avec le Président de la République ou de la place qu’il occupe dans les cercles du pouvoir parisien.

Il arrive parfois que le ministre soit marginalisé par un conseiller du Premier ministre ou du Président de la République, des conseillers susceptibles de devenir ministre à leur tour5. Ces conseillers – audiovisuel, communication, culture, etc. – jouent parfois un rôle prépondérant dans les arbitrages en matière culturelle. Cette réalité n’explique pas toujours pourquoi certains ministres font un passage à la tête de l’administration culturelle moins remarqué, parfois injustement, comme Jean-Philippe Lecat6, alors que d’autres laissent leur nom à la postérité, comme André Malraux et Jack Lang.

L’histoire des administrations culturelles

Il est généralement admis que le ministère des Affaires culturelles, créé en 1959, constitue la première véritable administration centrale de la culture en France. Le premier gouvernement de la IVe République, celui de Paul Ramadier, comptait pourtant un ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres7. Il est vrai cependant qu’il a été rattaché au ministère de l’Éducation nationale dix mois seulement après sa création8. Il possédait de larges attributions9, bien plus étendues que celles d’André Malraux.

Il s’agit là de la seule expérience d’un ministère autonome consacré à la culture durant la première moitié du XXe siècle. Il faut remonter au XIXe siècle pour retrouver des expériences comparables. À la fin du Second Empire et au début de la IIIe République, l’administration de la culture a connu de courtes périodes d’autonomie avec le ministère des Beaux-Arts10, le ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts11 et le ministère des Arts12.

Plusieurs personnes ont dirigé l’administration centrale de la culture au cours de ces années. La liste présentée ci-dessous des titulaires du poste, de 1947 à nos jours, met en évidence les différentes appellations du ministère en fonction des gouvernements qui ont présidé aux destinées de la France durant les IVe et Ve Républiques. Les variations éventuelles de ces appellations sont indiquées entre parenthèses et chacun des noms des ministres est suivi de la période durant laquelle il a exercé son mandat.

Dernière mise à jour: 6 juillet 2020

1 Décret no 2017-1077 du 24 mai 2017 relatif aux attributions du ministre de la Culture, JORF, 25 mai 2017, texte n° 22, art. 1, al. 1.

2 Décret no 59-889 du 24 juillet 1959 portant organisation du ministère chargé des Affaires culturelles, JORF, 26 juillet 1959, p. 7413, art. 1er.

3 Premier Ministre, Feuille de route du ministère de la Culture, 9 août 2017, p. 1.

4 Décret no 2017-1077, op. cit., art. 1 à 5.

5 Avant d’être nommée ministre de la Culture et de la Communication, Audrey Azoulay a été conseillère culture et communication au cabinet du président de la République François Hollande: Arrêté du 29 août 2014 portant nomination à la présidence de la République, JORF, 31 août 2014, texte n° 2.

6 Françoise Mosser, Entretiens avec Jean-Philippe Lecat – Ministre de la culture et de la communication – 1978-1981, Paris, La Documentation française, 2016.

7 Décret portant nomination des membres du gouvernement, 22 janvier 1947, JORF, 23 janvier 1947, p. 939.

8 Décret no 47-2147 du 12 novembre 1947 transférant au ministre de l’Éducation nationale certaines attributions du ministre de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, JORF, 13 novembre 1947, p. 11169.

9 Décret no 47-627 du 5 avril 1947 relatif aux attributions du ministre de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, JORF, 6 avril 1947, p. 3280, art. 1er et 3.

10 Décret impérial qui sépare le ministère des Beaux-Arts du ministère de la Maison de l’Empereur, 2 janvier 1870, XIe, Bull. 17, no 390, art. 1er.

11 Décret impérial portant distraction de divers services du ministère de l’Instruction publique pour être placés dans les attributions de celui des beaux-arts, qui prendra le titre de ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts, 15 mai 1870, XIe, Bull. 1804, no 735.

12 Décret relatif à la création d’un ministère des Arts, 14 novembre 1881, XIIe, Bull. 661, no 163.

Louis-Philippe Gratton
Avocat, docteur en droit, consultant et warden de l'ambassade du Canada à Varsovie pour la Biélorussie, Louis-Philippe assure la direction éditoriale du site.

Amoureux des arts, passionné de droit, accro au journalisme et aux médias, Louis-Philippe a étudié et enseigné le droit dans des universités françaises, québécoise et suisse.

Il s’intéresse particulièrement au droit de l’art, au droit de la culture, au droit des médias, à la protection des données personnelles, ainsi qu’au droit européen et au droit international économique.

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