Ministres français de la culture: 1947-2017

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Palais royal
Palais royal, Paris 2006 Olga Khomitsevich

Le ministère de la Culture «a pour mission de rendre accessibles au plus grand nombre les oeuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France»1. La principale mission confiée aux ministres qui se sont succédé rue de Valois, l’adresse parisienne du ministère, n’a ainsi guère varié depuis la création, en 1959, d’un ministère des Affaires culturelles2. Elle repose d’abord et avant tout sur la démocratisation culturelle. «L’accès de tous à la culture, dans une logique du lien social, d’émancipation et d’intégration» constitue d’ailleurs le premier objectif poursuivi par l’actuelle politique culturelle française, en vertu de la feuille de route remise à Françoise Nyssen par le Premier ministre Édouard Philippe, et «la priorité» du quinquennat3.

L’administration centrale de la culture a vu ses attributions s’étendre bien au-delà de la démocratisation de l’accès à la culture au cours des années. De nombreuses autres tâches occupent la ministre responsable de la culture4. Elle conduit la politique de sauvegarde, de protection et de mise en valeur du patrimoine culturel, tout en concourant à la création des oeuvres de l’art et de l’esprit. Elle assume désormais pleinement la mission économique du ministère et prend en compte l’environnement numérique. La ministre assure en effet le développement des industries culturelles et créatives, ainsi que des nouvelles technologies de diffusion de la création et du patrimoine. Elle veille plus particulièrement à la valorisation des contenus et des services culturels numériques. L’administration culturelle intervient également dans les domaines du spectacle vivant, des arts plastiques, de l’architecture, de la langue française, de la création audiovisuelle, des médias, des fondations et du mécénat. Elle s’occupe enfin des pratiques et des enseignements artistiques.

Si les ministres responsables de la mise en oeuvre de la politique culturelle de la France demeurent des personnages courtisés dans tous les gouvernements, leur poids politique n’est pas toujours à la hauteur de leur importance symbolique. Il varie en fonction de critères tels que la personnalité de l’occupant du Palais royal, siège du ministère, des liens privilégiés qu’il entretient avec le Président de la République ou de la place qu’il occupe dans les cercles du pouvoir parisien. Il arrive parfois que le ministre soit marginalisé par un conseiller du Premier ministre ou du Président de la République, des conseillers susceptibles de devenir ministres à leur tour5. Certains d’entre eux ont laissé leur nom à la postérité, comme André Malraux et Jack Lang. D’autres ont fait un passage à la tête de l’administration culturelle moins remarqué, parfois injustement, comme Jean-Philippe Lecat6.

Il est généralement admis que le ministère des Affaires culturelles, créé en 1959, constitue la première véritable administration centrale de la culture en France. Le premier gouvernement de la IVe République, celui de Paul Ramadier, comptait pourtant un ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres7. Il est vrai cependant qu’il a été rattaché au ministère de l’Éducation nationale dix mois seulement après sa création8. Il possédait de larges attributions9, bien plus étendues que celles d’André Malraux. Il s’agit là de la seule expérience d’un ministère autonome consacré à la culture durant la première moitié du XXe siècle. Il faut remonter au XIXe siècle pour retrouver des expériences comparables. À la fin du Second Empire et au début de la IIIe République, l’administration de la culture a connu de courtes périodes d’autonomie avec le ministère des Beaux-Arts10, le ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts11 et le ministère des Arts12.

Cette brève présentation de l’administration centrale de la culture est complétée par une liste des ministres de 1947 à nos jours. Il s’agit d’un aide-mémoire destiné principalement aux étudiants et à toute personne qui s’intéresse à la culture et à son administration. La liste permet de se remettre en mémoire les noms de ceux qui ont dirigé le ministère de la Culture. Elle se présente en fonction des différentes appellations du ministère, les variations éventuelles de ces appellations étant indiquées entre parenthèses. Chacun des noms des ministres est suivi de la durée exacte de son mandat.

Ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres

Pierre Bourdan (janvier à novembre 1947)

Ministres des Affaires culturelles

André Malraux (janvier 1959 à juin 1969)

Edmond Michelet (juin 1969 à octobre 1970)

André Bettencourt (intérim, octobre 1970 à janvier 1971)

Jacques Duhamel (janvier 1971 à avril 1973)

Maurice Druon (avril 1973 à février 1974)

Alain Peyrefitte (… et de l’Environnement, mars 1974 à mai 1974)

Secrétaires d’État à la Culture

Michel Guy (juin 1974 à août 1976)

Françoise Giroud (août 1976 à mars 1977)

Ministres de la Culture

Michel d’Ornano (… et de l’Environnement, mars 1977 à mars 1978)

Jack Lang (mai 1981 à mars 1986)

Jack Lang (ministre de l’Éducation nationale et…, avril 1992 à mars 1993)

Jacques Toubon (… et de la Francophonie, mars 1993 à mai 1995)

Philippe Douste Blazy (mai 1995 à juin 1997)

Françoise Nyssen (depuis mai 2017)

Ministres de la Culture et de la Communication

Jean-Philippe Lecat (avril 1978 à mars 1981)

François Léotard (mars 1986 à mai 1988)

Jack Lang (mai 1988 à avril 1992)

Catherine Trautmann (juin 1997 à mars 2000)

Catherine Tasca (mars 2000 à mai 2002)

Jean-Jacques Aillagon (mai 2002 à mars 2004)

Renaud Donnedieu de Vabres (mars 2004 à mai 2007)

Christine Albanel (mai 2007 à juin 2009)

Frédéric Mitterrand (juin 2009 à mai 2012)

Aurélie Filippetti (mai 2012 à août 2014)

Fleur Pellerin (août 2014 à février 2016)

Audrey Azoulay (février 2016 à mai 2017)

1 Décret no 2017-1077 du 24 mai 2017 relatif aux attributions du ministre de la Culture, JORF, 25 mai 2017, texte n° 22, art. 1, al. 1.

2 Décret no 59-889 du 24 juillet 1959 portant organisation du ministère chargé des Affaires culturelles, JORF, 26 juillet 1959, p. 7413, art. 1er.

3 Premier Ministre, Feuille de route du ministère de la Culture, 9 août 2017, p. 1.

4 Décret no 2017-1077, op. cit., art. 1 à 5.

5 Avant d’être nommée ministre de la Culture et de la Communication, Audrey Azoulay a été conseillère culture et communication au cabinet du président de la République François Hollande: Arrêté du 29 août 2014 portant nomination à la présidence de la République, JORF, 31 août 2014, texte n° 2.

6 Françoise Mosser, Entretiens avec Jean-Philippe Lecat – Ministre de la culture et de la communication – 1978-1981, Paris, La Documentation française, 2016.

7 Décret portant nomination des membres du gouvernement, 22 janvier 1947, JORF, 23 janvier 1947, p. 939.

8 Décret no 47-2147 du 12 novembre 1947 transférant au ministre de l’Éducation nationale certaines attributions du ministre de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, JORF, 13 novembre 1947, p. 11169.

9 Décret no 47-627 du 5 avril 1947 relatif aux attributions du ministre de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, JORF, 6 avril 1947, p. 3280, art. 1er et 3.

10 Décret impérial qui sépare le ministère des Beaux-Arts du ministère de la Maison de l’Empereur, 2 janvier 1870, XIe, Bull. 17, no 390, art. 1er.

11 Décret impérial portant distraction de divers services du ministère de l’Instruction publique pour être placés dans les attributions de celui des beaux-arts, qui prendra le titre de ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts, 15 mai 1870, XIe, Bull. 1804, no 735.

12 Décret relatif à la création d’un ministère des Arts, 14 novembre 1881, XIIe, Bull. 661, no 163.