Rose Art Museum: une institution muséale face à la crise financière

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Rose Art Museum
Rose Art Museum, Brandeis University, Waltham, Massachusetts

À la fin du mois de janvier 2009, le conseil d’administration de l’Université Brandeis a voté à l’unanimité la fermeture du Rose Art Museum pour faire face à la crise financière mondiale. Les administrateurs souhaitaient ainsi recentrer la mission de l’université de Waltham, au Massachusetts, autour de l’éducation, avaient-ils indiqué par voie de communiqué. Fallait-il alors comprendre que la collection du musée n’était qu’un placement et qu’elle ne participait pas à la mission éducative de l’université?

Le Rose Art Museum est une institution muséale universitaire, comme il en existe beaucoup aux États-Unis, située sur le campus de l’Université Brandeis. Elle est née en 1961 de la volonté combinée d’un ancien président de l’université, Abram Sachar, et de deux généreux donateurs, Edward et Bertha Rose. Des expositions temporaires animent les trois salles que compte le musée, alors que la collection permanente est utilisée à des fins d’enseignement et est accessible aux chercheurs sur rendez-vous.

L’importante collection d’art moderne et contemporain comprend aujourd’hui plus de 8 000 oeuvres. L’art états-unien des années 1960 et 1970 est particulièrement bien représenté avec des artistes tels que Willem de Kooning, Jasper Johns, Roy Lichtenstein, Morris Louis, James Rosenquist et Andy Warhol. Des dons et des acquisitions ont permis au cours des années d’enrichir la collection du musée d’oeuvres plus contemporaines, notamment celles de Matthew Barney, Nan Goldin, Donald Judd, Richard Serra et Cindy Sherman.

Des étudiants de l’Université Brandeis et d’anciens étudiants se sont mobilisés afin de sauver le Rose Art Museum. Le collectif Save the Rose Art Museum at Brandeis University a vite été rejoint par des amis du musée et des membres de la communauté universitaire. Le directeur du musée, Michael Rush1, avait lui-même fait part de son indignation sur le site du collectif. «En tant que membre de la communauté de Brandeis, je ressens de la honte et un profond regret face à cette décision à courte vue» (notre traduction), avait-il écrit.

La mobilisation a porté ses fruits, du moins en partie. Le président de l’Université Brandeis, Jehuda Reinharz2, s’est excusé publiquement de la façon dont l’annonce de la fermeture du musée a été faite dans une lettre envoyée au Boston Globe. Il y affirme que le musée va demeurer ouvert, mais qu’il sera mieux intégré dans la mission éducative de l’université et que le conseil d’administration étudie d’autres avenues que la vente de l’ensemble de la collection pour assainir les finances de l’université.

Les propos du président n’ont pas complètement rassuré. Ils s’avèrent bien timides lorsqu’ils sont mis en juxtaposition avec ceux du communiqué du conseil d’administration qui annonçait la vente de la collection et la fermeture du musée. La lettre du président de l’université ressemblait plus à une gestion communicationnelle de la crise qu’à un véritable engagement en faveur de la survie du musée et de la préservation de sa collection. Des opposants à la fermeture du musée avaient d’ailleurs déposé, en juillet 2009, un recours judiciaire afin d’empêcher la vente des oeuvres. L’affaire s’est réglée hors cours, deux ans plus tard, en faveur du maintien des missions de l’institution muséale3.

Le conseil d’administration avait affirmé que sa décision initiale n’affecterait pas «l’engagement de l’université pour les arts et l’enseignement des arts» (notre traduction). On ne peut pas prétendre, comme l’a fait le conseil d’administration, que la mission d’une université connue pour son enseignement des arts et pour son accueil d’artistes en résidence ne serait pas affectée par la vente d’une si importante collection et la fermeture de son musée.

Terry Eagleton suggère dans son ouvrage The Idea of Culture que la culture peut être définie «comme tout ce qui est superflu aux exigences matérielles d’une société»4 (notre traduction). Le problème, comme le souligne le professeur anglais, est de départager ce qui est superflu de ce qui ne l’est pas. L’art et la culture sont indispensables à l’épanouissement d’une société, au-delà de ses besoins matériels, même en temps de crise économique et financière. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il est question d’une communauté universitaire pour laquelle la culture n’est jamais superflue.

1 Le contrat de Michael Rush n’a pas été renouvelé, en juin 2009, par l’Université Brandeis après ses prises de position publiques. M. Rush a ensuite dirigé le Broad Art Museum, à la Michigan State University. Il est décédé le 27 mars 2015.

2 Le président Jehuda Reinharz a démissionné, le 24 septembre 2009, mais il est demeuré en poste jusqu’à la fin de l’année universitaire à la demande du conseil d’administration de l’université.

3 Un livre a été consacré à la crise qui a secoué le Rose Art Museum: Francine Koslow Miller, Cashing in on Culture – Betraying the trust at the Rose Art Museum, Tucson, Hol Art Books, 2012.

4 Terry Eagleton, The Idea of Culture, Malden, Blackwell, 2000, p. 36.